Diego Castro

There’s one in every crowd

Du 06 au 27 novembre 2009

Vernissage le 6 novembre 2009 à 19h le vendredi 06 novembre 2009 dès 19h00

L'exposition de Diego Castro, originaire de Hambourg, traite du caractère autoritaire personnifié par la police en Allemagne. Le dispositif présenté à standard/deluxe est composé d'une série de dessins, d'une peinture murale et d'une installation vidéo et sonore. Castro se penche sur l'aspect historique de la culture policière en Allemagne et cherche à montrer comment le monopole étatique opère dans ses aspects structurels et psychologiques.

Vernissage le 6 novembre 2009 à 19h

Exposition du 7 au 27 novembre 2009

Ouvertures les samedis 7 et 14 de 14h à 18h
Le vendredi 27 de 17h à 22h
Visite sur rendez-vous:
078 808 5774 ou 021 921 4114

http://immaterialist.blogspot.com/

L'exposition de Diego Castro, originaire de Hambourg, traite du caractère autoritaire personnifié par la police en Allemagne. Le dispositif présenté à standard/deluxe est composé d'une série de dessins, d'une peinture murale et d'une installation vidéo et sonore. Castro se penche sur l'aspect historique de la culture policière en Allemagne et cherche à montrer comment le monopole étatique opère dans ses aspects structurels et psychologiques.

"POLIZEI-SA-SS" est une chanson du groupe punk de Hambourg "Slime". Cette chanson des années 80 a été indexée comme "matériel dangereux pour la morale des jeunes" et reste à ce jour interdite, ceci en raison du caractère insultant contre l'autorité de l'État.

Diego Castro prévoit une installation sonore, composée de 5 pistes chacune contenant un instrument différent à savoir la basse, la guitare, la batterie et 2 voix. Le texte interdit est ainsi fragmenté et perd son caractère répréhensible car les pistes individuelles ne sont pas synchronisées. Pourtant, fonctionnant indépendamment les unes des autres, les pistes peuvent potentiellement recomposer le morceau par coïncidence. Cette composante aléatoire de l'installation en regard de l'incidence juridique du contenu selon le droit allemand actuel, transforme l'espace d'exposition en un lieu juridique, suggérant une surveillance permanente.

Une série de 23 dessins présente Karl-Heinz Kurras, un policier responsable de la mort de l'étudiant Benno Ohnesorg tué le 2 juin 1967 par balle pendant une manifestation. L'incident s'est produit devant l'opéra de Berlin lors d'une manifestation organisée par des étudiants contre la visite d'État du Shah d'Iran. La police est intervenue sans raison apparente, et avec la plus grande sévérité contre les étudiants. Ohnesorg fut abattu d'une balle dans l'occiput par le policier Kurras, alors que d'autres lui assenèrent simultanément plusieurs coups de matraque. L'assassinat de Benno Ohnesorg eut des conséquences. Dans le procès qui suivi, des éléments de preuve importants (y compris un morceau de crâne d'Ohnesorg) ont disparu. Des inexactitudes flagrantes ont été acceptées par le tribunal, permettant au procureur de modifier l'accusation d'homicide volontaire par homicide involontaire. Ce procès mît en lumière la brutalité de l'appareil de l'Etat, qui en l'occurrence était encore et toujours en mains d'un grand nombre d'ex-nazis. En fin de compte, Kurras fut libéré grâce à la collusion de la justice, de la police et de la presse partisane. Ces événements scandaleux ont conduit à une radicalisation du mouvement des étudiants, dont certains ont, en fin de compte, fini par choisir la voie du terrorisme.

Ces dessins sur Kurras renvoient au travail de Gerhard Richter qui commente l'échec du groupe Baader-Meinhof lors de la nuit de Stammheim et qui conduisit à l'échec d'un mouvement politique d'ampleur. Le titre ambigu de l'exposition "There's one in every crowd" fait allusion au tableau célèbre de Richter qui représente le tourne-disque de Baader. Sur la platine, le dernier disque qu'Andreas Baader écouta dans sa cellule de prison, juste avant sa mort: un disque éponyme d'Eric Clapton. Le cycle Kurras de Castro s'inscrit donc au début du mouvement politique naissant principalement dans son opposition à un Etat aliénant: ici, sous la forme du caractère autoritaire de Karl-Heinz Kurras. Cette série fait également suite a des événements d'actualité récemment mis à jour dans les archives de la Stasi et qui montreraient que Karl-Heinz Kurras faisait parti des services secrets Est-allemand. Selon des sources récentes, bien que Kurras fût effectivement reconnu comme un des tout grands agents de la Stasi, aucune injonction semble exister de la part du régime de la DDR donnant l'ordre de provoquer les étudiants. Ainsi, la thèse qui voudrait que le mouvement de mai 68 fût dirigé par Moscou ne se confirme pas non plus dans le cas Kurras. En vérité, les faits historiques restent inchangés: l'Allemagne de l'Ouest (RFA) de l'après guerre a toujours été dirigé par d'anciens nazis en place autant à la justice, dans le politique et dans la police. La preuve évidente en est la libération d'un assassin qui, à l'époque, mît à jour l'impénétrable structure fasciste existante.

Après le procès, Kurras le fou des armes jamais condamné, passerait son temps avec des armes à feu et le tir lui coûterait pas moins de 400.- DM mensuellement uniquement en frais de munitions. Il vit actuellement à Berlin avec une pension confortable de la police et sans être inquiété. Il se serait fait repérer en entraînant des enfants de son quartier au tir. Il aurait même donné à un enfant une arme à feu et se serait vanté devant des voisins d'avoir abattu Ohnesorg, les menaçant par la suite pour éviter qu'ils ne deviennent des témoins potentiels. Pour Castro, Kurras représente la figure autoritaire "per se", non pas en dépit de ses activités comme espion à la Stasi, mais aussi pour cela.

Un travail vidéo montre un collage de séquences: Roberto Rossellini, "Allemagne, année zéro" et Wolfgang Staudte, "Le Sujet de l'Empereur", adaptation cinématographique du roman de Heinrich Mann, "Der Untertan". Mann préfigure le type de la personnalité autoritaire, alors que l'ancien membre des jeunesses hitlériennes est représentée dans le film de Rossellini par cet enfant qui perd pied et se suicide, incapable de trouver un autre modèle après l'effondrement des structures autoritaires du passé.

standard/deluxe